• Ils quittent la terre

    Ils remisent dans des cartons de naphtaline, écrasés par la poussière de l'oubli, l'odeur de la terre humide sous la pluie et le bruit de la houe sculptant le potager. Ils ont laissé les pots de confitures inutiles sur un rayonnage de la cave. S'ils revenaient à la saison des fruits. Les vestiges du tas de bois ne seront plus nourris. La ville se chauffe au gaz. Les bâches protectrices s'effilochent aux vents de novembre, lâchant leurs parcelles déchiquetées dans les branches proches. Les oiseaux y cueillent quelques miettes pour garnir de bleu roi leur nid modernisé.


    Ils fuient la campagne de leurs ancêtres. La terre ne nourrit plus.   L'engrais et la machine agricole ont tué la manne. La terre est devenue glaise lourde et stérile, macadam ou béton. Quand ils mettent le nez à la fenêtre, ils ne voient plus le ciel, étouffé par les murs de béton qui n'en finissent pas de monter. Ils ne savent dire s'il y a des nuages à l'Ouest ou si le ciel est d'azur. Ils regardent la météo à la télévision, sourds au langage du monde qui les avait enseignés petits.

    Ils remisent dans des cartons de naphtaline l'alphabet que la terre leur a appris.

     

     Ce texte a été inspiré par un  écrit de Barraban, ici

     

     

    « Porte de la terreLe tisserand d'amour »

    Tags Tags : , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :