• La maltraitance, qu'est-ce qu'on en sait ?

     

    Le stress a un effet très important sur le cerveau des enfants qu’il peut modifier. Même s’il ne laisse pas de souvenir, il provoquera des symptômes envahissants et sera à l’origine de multiples troubles tout au long de la vie.

     

     

     


    A la suite du récit que j'ai publié, j'ai eu envie d'aller plus loin qu'un simple constat impuissant.

    J'ai entrepris des recherches qui aboutissent à la présentation d'extraits d'un article du Docteur, Muriel Salmona, présidente de l'Association Mémoire Traumatologique et Victimologie. Cette association créée en 2009 a pour objectif de  d'améliorer l'identification, la protection et la prise en charge des victimes de violences par une meilleure information du public et par la formation des professionnels impliqués, d'améliorer leur orientation et leur accès à des soins spécialisés de qualité, et aussi d'améliorer la connaissance et compréhension des conséquences des violences, dans l'optique de lutter contre toutes les violences et d'améliorer leur prévention.

    De l'article "Violences faites aux enfants", j'ai retenu:

    • les témoignages de sévices qui montrent la gravité des traitements infligés aux enfants,
    • leurs conséquences sur les comportements des enfants qui en sont l'objet,
    • les besoins de l'enfant,
    • l'inscription des traumatismes dans le cerveau et les répercutions sur le développement,
    • la construction de la mémoire traumatique,
    • la nécessité impérative de la protection.


    Récits d’enfance :


    « Les récits d'enfance de beaucoup de patients font froid dans le dos ! Ces récits décrivent des scènes de torture quotidiennes, des sévices physiques et sexuels, des actes de barbarie, des mises en danger réitérées, associées à des négligences et des violences psychologiques d'une cruauté incroyable. Pour la plupart de mes patients, les sévices remontent à leurs premiers souvenirs, déjà à 3 ans ils vivaient dans la terreur et ils n'ont ensuite connus que celle-ci, dans l'indifférence générale. Ils ont été confronté à une volonté systématique de les faire souffrir le plus possible, avec des mises en scène destinées à les terroriser et à les désespérer, de véritables tortures.


    Plusieurs patients m'ont rapportés avoir reçu en cadeaux de Noël ou d'anniversaire des fouets ou des martinets… nombreux sont ceux qui, en punition, devaient rester des heures à genoux les bras en croix ou sur la tête, enfermés dans une cave ou un placard dans le noir, attachés de longues heures, affamés ou obligés de manger des restes alimentaires avariés, passés sous des douches froides ou brulantes, exposés en plein froid, abandonnés, brulés avec des cigarettes. Certains étaient même réveillés en pleine nuit pour être injuriés, secoués et frappés violemment.


    D'autres devaient faire des travaux épuisants ou impossibles pour leur âge, et étaient transformés en esclaves corvéables à merci. Beaucoup ont eu de nombreuses fois peur de mourir : lors de mises en danger (conduite à risque routière en état d'ivresse, négligences graves) ; lors de menaces de mort explicites (verbales ou avec une arme, menaces de "suicide" collectif) ; lors de scénarios terrifiants inventés par des adultes pour faire peur (lors de maladie ou d'accidents où les adultes prédisent à l'enfant une mort certaine dans des souffrances atroce uniquement pour le terrifier, un père "s'amusait" à dire à une patiente quand elle avait six ans qu'il avait dans sa poche une bombe qui allait exploser dans trois minutes et il commençait le décompte…) ; lors de violences physiques extrêmes ou de viols ; lors de tentatives de meurtre (strangulation, étouffement, noyade, etc.).


    Conséquences :


    Ces enfants gravement maltraités vivaient continuellement la peur au ventre, peur de provoquer une colère, peur d'être tués, peur de se réveiller le matin, peur de rentrer à la maison après l'école, peur des repas, des week-ends, des vacances. Ils ont dû développer des stratégies hors norme pour survivre, en s'auto-censurant pour éviter toutes les situations à risque de dégénérer en violences, en se soumettant à tous les diktats des bourreaux, en se dissociant pour supporter l'insupportable en s'aidant de conduites à risque, en développant très souvent un monde imaginaire pour s'y réfugier, un monde imaginaire devenant parfois envahissant avec un compagnon imaginaire (poupée, peluche, animal, ami) à qui ils parlaient et qui souvent leur parlait, avec l'élaboration de romans familiaux (où l'enfant a d'autres parents) ou de romans d'aventure dont ils étaient les héros.


    Mais ces stratégies avaient leurs limites et les enfants pouvaient traverser des périodes de désespoirs intenses avec des idées et parfois des passages à l'acte suicidaires. Et souvent, ils n'ont pu en parler, que vingt, trente, voire plus de quarante ans après. À l'âge adulte, la mémoire traumatique de toutes ces violences est toujours là qui met en scène des terreurs, des désespoirs, des souffrances intolérables comme si elles étaient en train de se reproduire à nouveau, avec des sensations soudaines d'être projetés par terre, d'être écrasés, frappés violemment, de perdre connaissance, de mourir, d'avoir la tête ou le corps qui explose, avec des suffocations, des douleurs intenses.


    Et toutes les situations qui exposaient le plus à des violences comme les repas, les soins corporels, l'endormissement, les apprentissages, répondre à des questions, les week-ends, les vacances, les trajets en voiture, etc. deviennent redoutées, et sont susceptibles de provoquer bien des années après des angoisses ou des attaques de panique ou des conduites d'évitement. (…)


    Les besoins de l’enfant :


    L'enfant pendant ses premières années de vie a un besoin absolu d'un adulte qui assure ses besoins essentiel, sa sécurité, son bien-être matériel et affectif. L'enfant est en situation de dépendance physique, sociale, psychique et affective face au monde des adultes, toute violence ou négligence de la part des adultes va mettre en péril son développement psycho-moteur et sa relation au monde, le plonger dans une grande insécurité et le mettre en danger.(…)


    Violences et développement de l’enfant :


    Contrairement à ces fausses représentations, l'impact psychologique des violences sur les enfants est plus grave que sur les adultes, du fait de leur fragilité, de leur grande dépendance, de leur impuissance et de leur manque d'expérience face aux adultes, de leur immaturité à la fois physiologique et psychologique et de leur situation d'être en devenir, en pleine construction. L'immaturité du système nerveux central rend le cerveau des enfants beaucoup plus sensible aux effets du stress par l'intermédiaire de la sécrétion excessives de cortisol, avec des risques plus importants d'atteintes neuronales et plus particulièrement dendritiques, avec des morts neuronales, et des modifications épigénétiques de l'ADN des neurones ; certaines zones du cerveau comme le cortex pré-frontal limbique et l'hippocampe peuvent perdre de leur volume et rester atrophiées tant qu'il n'y a pas de protection mise en place et de prise en charge adaptée.


    Le système nerveux d'un enfant a une grande plasticité, des soins spécialisés permettent une très bonne récupération neuronale. Une autre des caractéristiques du cerveau d'un enfant de moins de deux ans est la grande immaturité de l'hippocampe, cette structure cérébrale sous-corticale qui est un véritable logiciel de la mémoire et des apprentissages. L'hippocampe est indispensable pour mémoriser des événements, intégrer des apprentissages et se repérer au niveau temporo-spatial, son immaturité fait qu'un enfant de moins de deux ans ne peut pas avoir de souvenirs de la période entre sa naissance et ses deux ans.


    Cette absence de souvenirs ne signifie pas pour autant qu'il ne puisse pas être traumatisé par des violences, tout au contraire car la structure cérébrale responsable des réponses émotionnelles, l'amygdale cérébrale, est active et fonctionnelle avant même la naissance (à partir au moins du 7ème mois de grossesse) ; il y aura donc une réponse émotionnelle qui sera encore plus intense que celle des adultes, les possibilités de la moduler étant bien moins importantes : le cortex cérébral qui est la structure modulante est moins performant car il a moins de capacités d'analyses et de ressources, de plus le cortex ne peut pas faire appel à l'hippocampe pour utiliser des apprentissages et des souvenirs très utiles pour mieux comprendre et analyser la situation de violence.


    Le circuit émotionnel sera donc beaucoup moins modulé, et risquera d'autant plus de se retrouver en "sur-voltage" entraînant de ce fait un risque cardio-vasculaire et neurologique (risque de toxicité neuronale et d'hyper-excitation de ceux-ci pouvant être responsable de crises épileptiques, de pertes de connaissance), le survoltage entraînant, par mécanisme de sauvegarde, le déclenchement d'une disjonction qui sera à l'origine d'une dissociation et d'une importante mémoire traumatique.
    Ces éléments rendent les enfants les plus jeunes très vulnérables aux violences. Même s'ils n'en ont pas le souvenir, ils en auront des symptômes envahissants par l'intermédiaire de la mémoire traumatique de ces évènements. Cette mémoire traumatique les colonisera en leur faisant revivre les mêmes émotions, sensations et douleurs que celles ressenties lors des violences. Leur développement psychique sera "infecté" par cette mémoire traumatique et par les stratégies de survie que l'enfant mettra en place pour y échapper ou l'anesthésier, et risquera d'entrainer des troubles de la personnalité, des troubles du comportements et des troubles cognitifs qui pourront, quand ils sont envahissants, être pris à tort pour des états psychotiques, des états limites, des troubles obsessionnels sévères, des troubles graves de l'attention, ou des débilités mentales, et traités comme tels, par méconnaissance des troubles psychotraumatiques.


    Après deux-trois ans, si l'hippocampe devient fonctionnel, les violences pourront aussi être oubliées en totalité ou en partie par une amnésie psychogène de survie assez fréquente (38% d'amnésie complète des violences sexuelles dans l'enfance dans l'étude de Williams, 1994).(…)


    Une protection impérative :


    Il est d'autant plus essentiel de protéger les enfants des violences et d'intervenir le plus tôt possible. Il s'agit de situations d'urgence pour éviter des psychotraumatismes sévères et chroniques avec de graves conséquences sur la vie future des enfants, sur leur santé, sur leur scolarisation et leur socialisation, et sur le risque de perpétuation des violences.(…)


    La société, en laissant perpétuer des violences « ordinaires » sur les enfants, qu'elle n'interdit et ne condamne pas suffisamment, porte une lourde responsabilité.(…)
    On ne manque jamais de vous assener ces « contre-exemples » résilients qui ont même bénéficié, selon eux, de ces violences subies pour être encore plus parfaits, pour encore mieux réussir, les violences les ayant « forgés », quel « merveilleux malheur », « merci Papa, merci Maman de m'avoir autant maltraité, grâce à vous, je suis quelqu'un de fort et de bien maintenant ! ».(…)
    L'enjeu de tout cela, c'est de prouver que ce qu'on nomme des violences ne sont pas graves pour tout le monde, qu'elles peuvent ne pas avoir de conséquences.

    Il est essentiel de lutter efficacement contre les violences faites aux enfants, les conséquences à court, moyen et long terme sur leur santé psychique et physique sont catastrophiques ; et les conséquences sociales à long terme sont catastrophiques également, car elles constituent le départ d'un véritable cycle de la violence. Il faut protéger les enfants et les soigner le plus tôt possible ; plus les soins sont précoces, plus ils sont efficaces et plus ils évitent des souffrances intolérables et des morts précoces. Il est hors de question de les abandonner à ces violences : sans prise en charge les enfants devront survivre comme ils peuvent et seront à grand risque d'échecs scolaires, de conduites addictives (tabac, alcool, drogues), de marginalisation, d'isolement social, d'exclusion, de délinquance. »

     

    Les chiffres choc de la maltraitance des enfants, le Parisien

     

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