• Le jardin framboise groseille

    Le jardin est un écrin mélodieux couleur amour.

    Je monte le chemin de terre jaune. Les bouses de vaches dessinent de larges tâches odorantes. C’est la campagne. Son parfum m’accompagne. Des brins d’herbes, quelques plantes sauvages aussi se sont installés au gré de leur fantaisie entre cailloux et argile.

    Sur ma gauche, une porte aux barreaux de fer écaillé verts clairs. Je suis arrivée. Je franchis le seuil. Un sentiment de quiétude heureuse me pénètre. Le chemin trace droit sa route jusqu’à la cabane. Caverne d’Ali Baba aux objets rares, outils inconnus, boites ancestrales à la palette passée. La gouttière s’oublie sur le lourd couvercle de la tonne. Égrenant l’air lancinant d’un tambour aphone.

    Le tas de compost. En retrait. Univers mystérieux et incompréhensible. Comment ma grand-mère si propre peut-elle laisser pêle mêle ce tas de déchets sans grâce ?

    Un long meuglement sourd. Le troupeau de vaches s’avance de son pas balancé.  Au rythme de plomb du poids des bêtes. Mes yeux cherchent avidement les prunelles des pachydermes. Ils plongent dans un abyme inanimé, dépourvu d’éclat.

     Soudain, une plainte : « Mamie, Mamie, la vache, elle me regarde ! » Entre larmoiement et peur, ma petite sœur s’éloigne en courant de la porte. Le guet fidèle de cette sentinelle n’a pas suffit à rassurer le bout de chou. Elle se prend les pieds l’un dans l’autre. S’affale dans l’herbe qui l’accueille en douceur. Redouble de pleurs. Se précipite vers le refuge bienfaisant de l’aïeule. Une pastille Vichy, sempiternel trésor des poches de ma grand-mère, un grand mouchoir à carreaux grisés bleus, un baiser sonore sur les deux genoux. Trois rires aux éclats surgissent en rempart contre l’invasion du troupeau de bovidés.

    Les framboisiers me hèlent de toute la puissance de leur rose magenta. Je prends les fruits juteux à pleine bouche. Sans retenue.

    C’est le mot. Sans retenue.

    Dans le jardin de Mamie, je peux m’égayer sans retenue.

    Une bonne grappe de groseilles mûres à point dessine un ruisseau écarlate de part et d’autre de mon menton. Le bonheur !

    « La nature m’a appris…Sculpture de nuages »

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 12 Mai 2016 à 23:49

    J'aime beaucoup l'écriture du passage où la petite fille tombe. C'est une petite histoire, drôle et tendre à la fois. Douce nuit :)

      • Samedi 21 Mai 2016 à 19:19

        C'est un des bons souvenirs de mon enfance. Un havre de paix lové au fond de mon cœur.

    2
    Dimanche 15 Mai 2016 à 18:26

    une histoire qui me parle comme un écho de mon enfance , vacances à la Chevallerais .... merci  de cette tendresse ;-)

      • Samedi 21 Mai 2016 à 19:20

        Heureuse que cela te rappelle de doux souvenirs.

    3
    Vendredi 20 Mai 2016 à 10:18

    Sans retenues... Oui, c'est bien comme ça... pourquoi autant de tendresse en aurait-elle ?

    Bises bleu ébouriffé

      • Samedi 21 Mai 2016 à 19:26

        Parce que parfois il n'est pas permis aux enfants d'être libres et heureux, en toute innocence. La vie sans retenue se dérobe alors à tout petits coup de chance et se cache au fond tout au fond du cœur dans un tout petit coin discret pour ne pas risquer de se faire détruire ce trésor.

        Je te souhaite une douce soirée

        Bise

        Marie

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