• Mon épicerie en France - Nouvelle - Série Les réfugiés

    Cela fait un peu plus de trois ans que j'ai ouvert mon épicerie. Ici, la plupart des magasins sont fermés le dimanche. Je suis dans un quartier de petits immeubles anciens. Les gens ne sont pas très riches mais ils ont ce qu'il faut. Ça n'a rien à voir avec chez nous, "avoir ce qu'il faut". Les gens sont bien équipés. Tous ou presque. Même les pauvres. Réfrigérateur, micro-onde, machine à laver, lave vaisselle, télévision,... Beaucoup ont plusieurs voitures !

    L'école est gratuite. Les enseignants demandent l'achat de quelques cahiers et d'un peu de matériel. Ça fait vite des sous. Mais après, tout est gratuit. Il y a deux ans, les enfants sont partis en vacances une semaine avec l'école. Tu te rends compte. On a du payer mais on pouvait le faire. Les enfants étaient tellement contents. C'était l'automne. La maitresse leur a dit que comme ça il y aurait une bonne ambiance dans la classe toute l'année. Ils sont allés au pied de la montagne. Ils ont fait de magnifiques promenades. Ils ont réalisé des tableaux avec des feuilles mortes. Et préparé un spectacle qu'ils nous ont présenté la semaine d'après. Les parents ont apporté des gâteaux et des boissons. C'était très joyeux. Dans la cité, nous sommes beaucoup de nationalités différentes. Je crois qu'il y en a vingt-neuf dans l'école. Alors, ici, on est tous à égalité.

    Moi, je suis ouvert le dimanche. C'est un défilé incessant toute la journée. Ce jour là, ce sont beaucoup d'hommes qui sont envoyés par les femmes. C'est elles qui font la cuisine. Il leur manque un citron, une boite d'olives, une bouteille de crème fraiche,... En été, il y en a beaucoup qui viennent chercher les merguez et la viande pour le barbecue. Ce n'est pas grand chose à chaque fois, mais à la fin de la journée, ça va.

    A la longue, on se connait. On parle du pays. Et des enfants.

    Je ne peux pas me plaindre. En travaillant tous les jours, j'ai de quoi faire vivre la famille. Je peux même payer des cours de guitare à Houmam et des cours de judo à Elyas. Amena est au magasin le matin avec moi. Elle a trouvé un emploi de femme de ménage en complément. Elle fait les bureaux dans trois entreprises après 17h. Elle prépare ce qu'il faut pour notre repas du soir dans l'après-midi avant de partir.

    Je suis un peu inquiet pour les garçons. C'est pas toujours facile pour nous de trouver du travail. Y'a beaucoup de chômage ici aussi. J'espère qu'avec les relations que j'ai, ils pourront trouver quelque chose. Je fais partie d'une association dont le but est l'amélioration des relations entre les habitants. Je suis au conseil d'administration. De ce fait, je connais beaucoup de gens en plus de la clientèle du magasin. J'espère que cela aidera mes fils.

    On se fait toujours du soucis pour les enfants. Tu le sais aussi toi.

    Ici, la plupart des gens travaillent seulement cinq jours par semaine. Les entreprises payent cinq semaines de congés par an. Moi je prends deux semaines. Cela me suffit. L'année prochaine, je prévois de venir au pays l'été. Je ne peux pas fermer le magasin trop longtemps. Je vais voir si je trouve une solution pour pouvoir quand même venir un mois.

    Prépare-toi, ça va être la fête. Je vais vous couvrir de cadeaux. J'économise depuis mon arrivée.

    Amena et moi, on a un peu la nostalgie du pays. Il manque le soleil ici... On ne s’assoit pas devant la porte le soir pour discuter avec les gens qui passent... Mais y'a tellement de confort et de liberté. Et puis quand on a un travail, y'a la sécurité ici. C'est tellement important. Pouvoir marcher dans la rue en toute quiétude. Si tu savais !

    J'espère vraiment que tu pourras venir avec les enfants. J'ai hâte de te faire visiter la campagne en voiture. Houman se réjouit de te jouer quelques morceaux de guitare. Je suis fier de lui. Il a été reçu premier de sa classe musicale l'année dernière. Il espère faire aussi bien cette année. Amena a appris à faire des petits gâteaux de la région, les bredle. Les enfants les aiment tant. Elle t'en fera goûter même si ce n'est pas la saison. Ils sont préparés pour Noël, une fête de la Lumière et de l'Amour. Il faudra que tu choies Elyas car avec ses prises de judo, tu risquerais de te retrouver au tapis plus vite que tu ne respires. Je plaisante bien sûr.

    Donne-moi des nouvelles du pays. Nous t'embrassons tous. Laith et les enfants aussi.

    Zahi

     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 6 Août 2016 à 08:45

    oui positiver ! la recette du bonheur ? c'est possible !

    2
    Dimanche 14 Août 2016 à 20:04

    Une fête de la Lumière et de l'Amour, doux concept smile

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