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    La ruelle fredonne ses couleurs. Habillés de mousseline, les volets  ressemblent à des papillons. Ils s’ouvrent et se ferment sur des rires translucides et des murmures mutins. Ils soulignent le tour de leurs yeux d’une touche douceur de mousse.

    S’ils guettent, c’est qu’ils aiment le contact. Ils serrent la pince au passant pour échanger sur l’avancée du potager. Ils l’invitent volontiers à partager les dernières groseilles ou la goutte de l’année passée. C’est tendre de se soutenir quand le mirabellier a la moniliose ou la salade , le mildiou. De confidence en secret, les volets tissent des passerelles. Ponts suspendus, diaphane comme le travail d’une araignée.

    Parfois un éclat de voix assombrit leurs sourcils. Frémissement dans la rue. Souvenir d’une époque ancienne. Les volets mauves et les volets verts se faisaient la guerre. C’était infernal. Du soir au matin, dès la fin du travail jusqu’à la reprise, le lendemain. C’était cris et croisement de fer.

    Les vieux s’en sont allés. La paix est revenue.

    Désormais, la colère est détricotée par le parcours de « l’encolère ». Les volets, qui virent au rouge, descendent en courant la ruelle pimpante et gagnent les rochers noirs qui bordent la plage. Ils les escaladent en tous sens tant que besoin en est, en interpelant vivement la mer sur leur malheur. De retour au village, une joute oratoire est organisée entre les encolères. Chacun adopte les arguments de l’autre pour se moquer de son propre point de vue. Puis chacun prend ses arguments personnels et en fait une plaisanterie. La mise en scène se termine dans la bonne humeur. Le différend peut se régler dans la douceur.

    La ruelle ne vire plus au rouge, ne broie plus du noir, elle a des senteurs de pays heureux. Les fleurs s’y installent. Touches ciel, aurore et sable. Le réverbère colporte un air de bon vieux temps. Parfum léger, comme celui d’une grand-mère aux longs cheveux blancs et aux confitures d’abeille. Arrêtez-vous à la table ronde en fer ajouré, asseyez-vous et goûtez la tartine dégoulinante que l’on vous offre.

     

    Ce texte a été inspiré par le mail art La Bicyclette Bleue, ici

     

     


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    Art numérique, Homme, Lumière, ciel

     

     


    Il s'est dépouillé de tout.
    Cette opération a pris du temps, beaucoup de temps. Chaque couche enlevée semblait être la dernière... Elle cachait la suivante. Il a continué à se dépouiller avec ténacité. Sans se décourager. Procédant à un rite d'enterrement entre chacune des couches. Quelque chose qu'il avait éprouvé le besoin de mettre en place. Être ainsi sûr que la dernière ne resurgirait pas de façon inopportune alors qu'il pensait en être débarrassé.


    A chaque enterrement, quelque chose s’allégeait en lui. Il atteignait un détachement serein, un regard distancé sur sa vie et ses évènements. Les situations qui lui avaient coûté beaucoup lui apparaissaient sous un jour anodin. Il se demandait comment il avait pu se laisser ainsi bouleverser pour des anecdotes.


    Il y avait maintenant derrière lui cent sept tertres de rituel. Il avait fini le travail de nettoyage.
    Il ne restait de lui que le un. Le passage dans la lumière seul pouvait lui révéler son essence. Il regarda l‘immensité bleue qui s’étendait devant. Pour la première fois, il allait s’élancer dans le vide sans appréhension. Il savait que la rencontre avec lui-même était au bout. Il avança le pied.

     

     


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  • - Maître, disait-il, vous nous enseignez que la tradition est barbare...

    - C'est la tradition qui nourrit les guerres, la tradition qui force les hommes à des travaux épuisants, la tradition qui creuse le fossé entre riches et pauvres, la tradition encore qui invente des cultes pour séparer les hommes. N'est-ce pas de la barbarie ?

    - Qu'appelez-vous précisément tradition ?

    - Ce sont des règles de vie, édictées par on ne sait plus qui, ou par une divinité malfaisante à tête de crapaud. Les gens s'y habituent, ils y croient, ils l'appliquent sans jamais la remettre en question. Personne ne se lève et dit : "Cette règle est idiote!" Je vais vous donner un exemple. Un jour, une secte décide qu'il ne faut pas manger de potiron. Les potirons sont donc bannis. Ils causent même l'effroi des sectateurs. "Tu as mangé une bouchée de potiron ? Malheureux! Tu vas périr dans d'affreuses souffrances! Vite, recrache pendant qu'il est temps et jure de ne pas recommencer!" De l'autre côté de la rivière, imaginons une tribu d'adorateurs du potiron. 0Que vont-ils faire ? Vont-ils traverser la rivière pour hacher menu ceux qui identifient le potiron au mal absolu ? Sans doute. Les guerres n'ont pas d'autres origines. Chacun reste emmuré dans ses croyances, qui vont à l'encontre des croyances du voisin. Ne trouvez vous pas que c'est stupide ?

    - Stupide, Maître, mais aussi mortel.

    - Eh oui, Lin-lei. Je vous engage tous à étudier ce que préconisent les sectes : leurs interdits ne sont que des signes de reconnaissance. Entre eux, ils s'appellent frères. Tous les autres, ils les rejettent. Cette détestation des uns pour le potiron, elle vient peut-être d'une indigestion, puis ces mots de ventre alimentent une croyance, et la croyance devient des mots encore plus grands.

    Tse-lou va nous cueillir un potiron!

     

    Le Maître - Patrick Rambaud de l'Acadélie Goncourt - Roman - Bernard Grasset


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    L'escalier de grès disperse ses lourdes marches érodées

     

     

    à la poursuite du Mont Saint Michel

     

    Sur le chemin des sorcières

     

    sous la passe de Saverne vers la Lorraine

     

    Sur le chemin des sorcières

     

    Les murs de grès sculptés par la pluie se dresse monumentaux

     

    Sur le chemin des sorcières

     

     

     

    Sur le chemin des sorcières

     

    Le roc s'avance comme la proue d'un navire, suspendu

     

    Sur le chemin des sorcières

     

     

    Sur le chemin des sorcières

     

    Le rond des sorcières se tient immuable.

    Certains soirs de pleines lunes,

    elles s'y réunissent pour les initiations.

     Elles font un feu de brouillard.

    avant de s'envoler vers la colline du Bastberg

    à 20 kilomètres de là.

    Elles y célèbrent leur sabbat.

    Ces soirs là, les habitants de la région restent calfeutrés chez eux,

    attendant le jour pour ouvrir leur porte et sortir.

     

    Sur le chemin des sorcières

     

     

     

    Sur le chemin des sorcières

     

     


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    Mail'art de Sab G sur Fol'envelp', ici

     

     

    Comme en voyage...

     

    Je campe devant la vieille boulangerie-épicerie-droguerie ridée. Elle n’a plus d'âge tant chacun l'a toujours vue là. Sa façade mime une palette de peintre dans sa période monochrome. Les nombreuses nuances de couleur, subtiles, déclament le temps. Le pinceau moqueur envoie des clins d’œil au passant amusé.

    L’odeur du pain et de l’encaustique croustillent. De grandes caisses en bois exposent leurs planches cannelles. Lentilles blondes, haricots roses, pois cassés verts, riz complet beige, semoule et boulgour  écrus s’y lovent avec la souplesse du serpent. 

    Un coup d’œil derrière moi. Je pénètre les entrailles des réserves. Elles filent entre les doigts. Deviennent gant  fluide. Ma main ressort. Les billes cannelles et ivoires cascadent à grandes enjambées.

    Le chapelet comestible défie mes doigts. S’accouple avec ses pairs et se fond. La main poursuit sa danse fascinante avec la semence. 

    Pour la deuxième fois, j’ai six ans. Je tourne le dos. Qu’on ne me voit pas. Qu’on me laisse m’amuser.

     

    Un parfum de bonheur me nourrit. Je souris.

     

     


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    Terre cuite patinée, sculpture, femme, Jean-Louis Marino

    Jean-Louis Marino
    Louise, personnage imaginaire des années 1900 , pièce en terre cuite patinée.

    Sur le site de l'Atelier Magique, la galerie de Jean-Louis Marino

     

     

    Ses yeux charbonneux baillent au ciel tandis que sa petite bouche rouge fait la mou.
    Elle tend sa poitrine en avant à la conquête de ses rêves qu'elle rehausse d'un collier de perles.
    Elle a choisi de s'envelopper du bleu de l'éternité. Elle court vers le firmament.

    Pourra-ton l'y rattraper ?

     

     


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  • Comme un voyage…Ce serait…

    Des ports d’ocre épicé, des collines aux trilles légères, des vallons cannelle, des crevasses charbonneuses, des ressacs odorants, des arêtes pulvérulentes, des criques couleur nuage, des vents terre de sienne, une neige incandescente,

    Comme le vol d’une libellule

    … ou le feulement d’un lynx.


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    L'oiseau, enluminure persane

     

    Esquisse inspirée d'une enluminure persane


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  • Tulipe, fleurs, papillons, bulles colorées

    Cette aquarelle illustre l'histoire courte, ici


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    Il était une tulipe légère, si légère que son souffle créait de jolies bulles irisées. Il y en avait de toutes les couleurs. Les papillons s'y reposaient lorsqu'ils étaient fatigués. Lorsqu'elles éclataient, cela faisait des petits confettis joyeux. Les enfants les guettaient pour en emplir leurs poches. Quand ils arrivaient à la maison, il restait une jolie trace aquarelle sur leur main.

     

    L'illustration de cette histoire très courte est ici


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